Coopération Régionale

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  Interview accordé au Mauricien (11/06/2004)


" Le coton, le riz et l'élevage susceptibles d'intéresser les Mauriciens au Mozambique "

De retour du Mozambique, où il participait, fin mai, à la mission dirigée par le Premier ministre Paul Bérenger dans ce pays, le secrétaire général de la Chambre d'agriculture, Jean-Noël Humbert se déclare enchanté des perspectives qu'offre le Mozambique aux entrepreneurs mauriciens intéressés à y lancer des projets agricoles.

Dans un entretien accordé au Mauricien, il évoque plus particulièrement la Vallée du Zambèze, région propice au développement de projets agricoles. " Cette région compte 50 % des ressources en eau du Mozambique. C'est un atout clé pour le développement de l'agriculture ", souligne-t-il. M. Humbert salue aussi l'initiative de la Compañia de Sena de mettre 1 000 hectares à la disposition de petits planteurs intéressés à s'engager dans la culture de cannes au Mozambique. Cette initiative, affirme-t-il, est une incitation pour encourager des planteurs mauriciens à aller au Mozambique. Concernant les filières, autres que le sucre, susceptibles d'intéresser les entrepreneurs mauriciens, M. Humbert évoque le coton, le riz et l'élevage. Enfin, M. Humbert fait état des attentes de la Chambre d'agriculture à quelques heures du discours budgétaire.

Le budget 2004/2005 sera présenté cet après-midi. Quelles sont les attentes de la Chambre d'agriculture?

L'industrie sucrière a beaucoup investi dans sa modernisation. Pour ce faire, elle s'est lourdement endettée. Selon des chiffres officiels, la dette totale de l'industrie sucrière s'élève à Rs 5, 5 milliards. L'industrie comptait beaucoup sur la vente de ses terres agricoles pour alléger le fardeau de la dette. Malheureusement, la vente de ces terres, exceptées celles de quelques régions, ne s'est pas déroulée comme on le souhaitait. L'industrie n'a pas eu les revenus escomptés. Il faut que le gouvernement propose des mesures pour alléger le fardeau de la dette de l'industrie sucrière et permettre ainsi au secteur sucre de poursuivre ses investissements.

Par ailleurs, on estime nécessaire que le gouvernement revoie le cadre institutionnel dans lequel opère l'industrie sucrière. C'est un cadre qui a été établi à une autre époque et qui n'est pas adapté aux réalités actuelles.

Comment voyez-vous l'avenir de l'industrie sucrière mauricienne? 

Je crois que l'industrie sucrière a un avenir prometteur. Ma confiance repose sur deux points. En premier lieu, il y a le facteur international. Maurice gouvernement et secteur privé est très présent sur le front international. On est au cœur même des discussions touchant à la production sucrière. Cette présence nous aide à construire des alliances en permanence, et c'est très réconfortant.

Au niveau local, j'aurais été beaucoup plus inquiet si, on n'avait pas le plan stratégique lancé en 2001 et qui a été mis en pratique. On est bien campé sur nos deux jambes pour avancer.

La fermeture en 2006 de Riche-en-Eau et de Mon-Trésor a été annoncée cette semaine. Entrevoyez-vous d'autres fermetures?

Dans le Sud, il y aura des mouvements. Mais, rien n'est décisif.

Vous avez fait partie de la délégation gouvernement/secteur privé dirigée par le Premier Ministre qui s'est rendue au Mozambique à la fin de mai. Quelles sont les perspectives d'investissements au niveau de l'agriculture au Mozambique? 

 Avant tout, je souhaite faire ressortir que la Chambre d'agriculture croit dans la coopération régionale. Toutes les actions qu'on prend par rapport aux pays de la région sont des stratégies qui se situent dans le temps.

Je sais qu'il y a des sceptiques, car ils voudraient voir les résultats se manifester beaucoup plus tôt. Mais on sait bien qu'on est dans une région constituée de pays qui émergent souvent de crises politiques assez graves et il leur faut du temps pour retrouver leur vitesse de croisière et leur stabilité totale. Pour l'instant, on ne récolte pas les fruits. Mais on est confiant que ce sera chose faite à l'avenir. On sait que Maurice a un rôle important à jouer dans la région.

C'est dans cet esprit que le secteur privé participe aux différentes initiatives régionales. D'ailleurs, lorsque l'économie mozambicaine a commencé à s'ouvrir, à la fin de la guerre civile, la Chambre d'agriculture a été la première institution mauricienne à s'y rendre pour identifier des possibilités d'investissements.

Mais évidemment quand on va dans des pays immenses comme le Mozambique ou Madagascar, qui ont des potentiels énormes, l'entrepreneur ne sait pas toujours par où commencer. D'où l'importance de prendre des décisions éclairées et de ne pas foncer tête baissée. L'action doit être guidée par des considérations qui augmentent les chances de réussite du projet.

Le Mozambique a adopté une stratégie de développement qui se situe autour des corridors. Lorsque l'offre de 100 000 hectares avait été faite, on avait commandité une étude auprès de PricewaterhouseCoopers. L'objectif étant d'identifier la meilleure zone pour situer les 100 000 hectares. Et le document avait recommandé la zone de la Vallée du Zambèze qui est située dans l'axe du corridor de Beira.

La Vallée du Zambèze compte 50 % des ressources en eau du Mozambique. Ce qui est un atout clé pour le développement de l'agriculture. De plus, compte tenu que la Vallée du Zambèze commence au nord du Mozambique et s'étend jusqu'à la côte, elle a plusieurs climats. Il est ainsi possible d'y cultiver plusieurs variétés agricoles allant du riz au soja en passant par, les légumes et fruits, le maïs, le riz, le tournesol, le blé, les fleurs. De même, c'est aussi une zone propice à l'élevage de bétails. La Vallée du Zambèze est définitivement un pôle de développement d'agro-industrie.

Et le gouvernement mozambicain à travers le Centre pour la Promotion des Investissements (CPI) a créé le Gabinete do Plano de Desenvolvimento do Vale do Zambeze (GPZ), qui a pour responsabilité la promotion et le développement de la Vallée du Zambèze. Pendant notre séjour, le mois dernier, au Mozambique, le GPZ a présenté au secteur privé mauricien les incitations proposées par le Mozambique aux entrepreneurs intéressés à investir dans la Vallée du Zambèze, dont la superficie est de 225 000 km2.

Concrètement, quelles sont les incitations offertes par le Mozambique pour encourager le développment des projets agricoles dans la Vallée du Zambèze?

Le gouvernement mozambicain prône un développement triangulaire dans la Vallée du Zambèze avec comme partenaires : 1) le GPZ qui est le facilitateur ; 2) le promoteur du projet (NdlR : l'investisseur) et 3) la communauté de paysans vivant dans cette région.

Parmi les facilités offertes par le GPZ figure ainsi l'octroi des concessions aux opérateurs intéressés à investir dans des projets agricoles dans la Vallée du Zambèze. Pour bénéficier de cet avantage, l'entrepreneur doit toutefois monter des projets qui favorisent la participation des paysans. De plus, ces projets agricoles doivent être axés prioritairement sur la culture des produits recommandés par l'Etat mozambicain : le coton, le tabac, le riz, les céréales, les légumes, le soja, le tournesol, les haricots, l'arachide, par exemple. Est aussi encouragé dans la Vallée du Zambèze, l'élevage du bétail.

La Chambre d'agriculture s'intéresse beaucoup à ces incitations. Pour le moment, nous avons établi le contact avec le CPZ. Nous avons dorénavant un interlocuteur avec qui discuter. Il faut maintenant qu'on approfondisse les discussions. Dans cette perspective, on prévoit de faire prochainement une mission beaucoup plus ciblée au Mozambique pour explorer dans les détails certaines filières de productions spécifiques pour lesquelles nos membres se sont montrés intéressés à monter des projets. On est actuellement en discussion avec le GPZ par rapport à cette prochaine mission. La balle est dans notre camp.

Outre le sucre, quelles sont les filières agricoles susceptibles d'intéresser les investisseurs mauriciens ?

Le coton et le riz sont deux filières qui peuvent intéresser les investisseurs mauriciens. Mozambique est un producteur important de coton. Et compte tenu de l'Africa Growth and Opportunity Act, c'est une filière à explorer. Le coton produit dans ce pays peut approvisionner des filatures à Maurice.

La riziculture est aussi un secteur à ne pas négliger. L'importation du riz par les pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) est estimée à US $ 300 millions. Et le Mozambique compte pour 10 % de ces importations. Le GPZ a alloué 600 000 hectares dans la Vallée du Zambèze à la culture du riz.

Des projets d'élevage de bétail sont aussi à encourager, en sachant qu'actuellement Maurice importe le plus gros de ses besoins en viande bovine. La Compañia de Sena (NdlR : propriétaire de la sucrerie Marromeu) est déjà engagée dans ce secteur. Elle compte 2 500 têtes de bétails et projette de croître ce chiffre à l'avenir.

La Compañia de Sena a exprimé son intention, lors de la visite du PM au Mozambique, de mettre une exploitation agricole de 1 000 hectares à Marromeu à la disposition des planteurs Mauriciens intéressés à s'engager dans la culture de la canne…

Cette formule qui a été proposée par la Compañia de Sena nous intéresse beaucoup. C'est une formule de sous-traitance. Ce groupe est disposé à mettre un millier d'hectares à la disposition de planteurs mauriciens. Je sais que la Compañia de Sena travaille sur un cadre pour faciliter le développement de la sucrerie de Marromeu. Et c'est là une bonne approche.

La sucrerie sera le pivot. Parallèlement, elle encourage le développement de contract growers pour fournir l'usine. Nous souhaitons que dans le long terme, il y ait aussi une diversification de la production. Outre la canne, ces planteurs pourront aussi s'engager dans d'autres cultures.

Suite à la récente visite conjointe gouvernement/secteur privé au Mozambique, la Chambre a-t-elle engagé une réflexion auprès de ses membres par rapport au potentiel qu'offre le Mozambique pour le développement des projets agricoles ?

On fait actuellement un recensement auprès de nos membres afin d'identifier les filières agricoles dans lesquelles ils seraient intéressés à investir au Mozambique. Les données recueillies seront ensuite transmises an GPZ. A partir de là, une mission comprenant notamment des membres de la Chambre d'agriculture se rendra au Mozambique.

Comment encourager les planteurs mauriciens à aller au Mozambique ?

L'offre de la Compañia de Sena constitue une incitation pour encourager des planteurs mauriciens à aller au Mozambique. Mais la motivation dépendra du scheme qui sera proposé par la Compañia de Sena aux planteurs. Je pense que c'est l'absence d'un cadre défini qui a empêché les planteurs de se rendre au Mozambique. Or, aujourd'hui, suite à cette proposition venant des promoteurs de la sucrerie de Marromeu, les planteurs désirant s'engager dans des plantations au Mozambique n'auront plus le sentiment d'opérer dans un vacuum. Toute initiative de la part des planteurs sera ancrée à un pivot certain qu'est Marromeu.

Mais il faut qu'on ait davantage de renseignements par rapport au scheme qui sera proposé aux planteurs. Je suis convaincu que ce scheme encouragera davantage d'opérateurs à s'installer au Mozambique.

De plus, je pense que c'est une bonne approche stratégique que des planteurs mauriciens démarrant leurs opérations au Mozambique commencent avec la culture sucrière, car c'est un domaine où on a le savoir-faire. Ensuite, ils pourront se lancer dans d'autres opérations agricoles, incluant l'élevage.

Compte tenu du manque de facilités infrastructurelles au Mozambique, l'investissement dans ce pays coût cher…

C'est vrai que tant que les infrastructures essentielles pour soutenir le développement économique ne sont pas très avancées, ce sont les opérateurs qui auront à encourir les frais. Et ça coûte. Mais je sais qu'il y a des projets d'envergure dans différentes régions du Mozambique. Ce problème de manque d'infrastructures n'est cependant pas spécifique au Mozambique ; c'est aussi le cas à Madagascar et dans d'autres pays de la région. On ne peut single out le Mozambique et dire que " ce pire est pire que les autres ".

Où en est-on avec la création du Regional Fund ?

C'est toujours au stade embryonnaire. Il faut que les autorités concernées travaillent sur les modalités. Il reste à définir : 1) la structure : 2) le fonctionnement et 3) les bénéficiaires…