Discours de M. Jean Ribet 26/6/08

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[posted 26/6/08]


Chambre d’Agriculture de l’Ile Maurice

 

155ème Assemblée Générale Annuelle

Discours du Président

Monsieur Jean Ribet

 

Monsieur le Ministre de l’Agro Industrie et de la Pêche

Madame le Senior Chief Executive du ministère de l’Agro Industrie

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions du secteur public ainsi que du secteur privé

Distingués invités

Mesdames et Messieurs les membres de la Presse

Chers Membres de la Chambre

 

Chers Collègues

A la fin de ce mandat, il m’incombe de vous brosser le tableau des activités que nous avons menées durant l’année, mais aussi, d’attirer votre attention sur les grands défis que nous posent la poursuite d’une activité agricole viable et inclusive dans notre pays, Maurice, île durable mais résolument tourné vers l’extérieur pour assurer sa survie.

C’est de cette ouverture et des échanges extérieurs conséquents que s’est construite progressivement notre économie, aujourd’hui diversifiée au point de nous attirer l’étiquette de pays modèle.

J’évoque l’ouverture des marchés parce qu’il est utile de rappeler brièvement le rôle et la place de l’industrie sucrière dans notre pays, au-delà de sa contribution en termes de développement économique, social et environnemental, en quelques chiffres.

En 1981, le sucre représentait 13% de notre Produit Intérieur Brut (PIB), et en 2007 ce pourcentage n’était que de 3%.  Cela est un fait.  Mais il ne faut pas oublier que de 1981 à 2007, notre PIB a été multiplié par plus de 4 fois en valeurs constantes.  De même, alors qu’en 1981 le pays produisait 575 000 tonnes de sucre, l’année dernière, une très mauvaise année causée par le passage du cyclone Gamède, nous avons produit 436 000 tonnes. En fait, alors que les exportations de sucre représentaient 26% de nos recettes d’exportation de biens en 1981, ce pourcentage s’est maintenu à 23% durant l’année 2007.  Donc, une lecture plus complète des chiffres nous donne l’occasion de bien mesurer l’apport du sucre à notre économie.

Ce bref rappel nous rend également fiers – fiers d’avoir pu construire une nation économique moderne et tournée vers l’avenir et fiers aussi de pouvoir constamment nous adapter aux nouvelles conditions économiques de nos pays partenaires.  Et c’est cette faculté d’adaptation que nous devons nourrir, enrichir et renforcer, qui est aujourd’hui de nouveau mise à rude épreuve car nous sommes maintenant appelés à répondre de la meilleure manière qui soit à ce grand défi qu’est la fin programmée du Protocole Sucre.

Le Protocole Sucre arrive à terme en septembre de l’année prochaine.  Nous avons fait ce qu’il fallait faire pour le défendre le plus longtemps possible, et dans le cadre des nouveaux arrangements autour de l’Accord de Partenariat Economique avec l’Union Européenne, nous nous évertuons à préserver nos acquis durant toute la période précédant l’ouverture complète du marché en 2015.  Après 2015, notre compétitivité nouvellement acquise, mais cette fois dans la production de sucres raffinées et de sucres spéciaux pour un marché européen déficitaire en sucre, aura développé une certaine durabilité.  En même temps, la réforme de notre industrie aura été entièrement complétée, au point où elle sera, nous l’espérons, devenue une référence sur le plan mondial – comme notre vrac de sucre roux l’a été pendant près de trente longues années.

La réforme de notre industrie sucrière devrait lui permettre de maintenir une nouvelle compétitivité sur les marchés de demain, mais aussi et surtout, de maintenir tout ce pan de notre société qu’est l’activité agricole.

L’accord entre le gouvernement et la MSPA du 5 décembre dernier a permis de relancer le projet de réforme de l’industrie.  Le travail extraordinaire abattu par toutes les parties concernées afin de respecter les engagements du pays envers l’Union Européenne a permis au pays de récupérer dans les délais l’ensemble des mesures d’accompagnement.  Et là, il nous faut rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont participé à cet effort massif, notamment les officiers des différents Ministères concernés, la Sugar Authority, la MSPA, le Regional Training Centre, et les établissements sucriers et leurs employés.

Ainsi, le projet de produire et de commercialiser des sucres raffinés s’est concrétisé au bout de longs mois de travail de la part des producteurs et du Syndicat des Sucres.  Le nouvel accord avec le groupe Sudzucker est maintenant signé et les nouvelles raffineries de Fuel et de Savannah se mettent en place au coût de près de Rs 2 milliards.  Pour la campagne sucrière qui débute ces jours-ci, l’effort de centralisation se poursuit.  De même, le regroupement des petits planteurs sur des portions de terre épierrées et irriguées est largement avancé.  L’objectif de préparer 12 000 hectares de telles terres sur une période de dix ans est bien enclenché car à ce jour, 1 100 hectares sont déjà terminées et 100 autres ont des travaux en cours.

Monsieur le Ministre, nous avons fait d’énormes progrès depuis décembre dernier, que ce soit au niveau de la restructuration du personnel de l’industrie, des programmes de formation et de redéploiement, de la poursuite des efforts de la centralisation, des nouveaux engagements commerciaux pour notre sucre, des investissements conséquents requis pour la fabrication et la commercialisation de sucres raffinés, ainsi que des efforts de regroupement des petits planteurs.  Mais il nous reste encore la dernière ligne droite à terminer… 

Le plan de réforme se doit d’être mis en oeuvre dans son intégralité.  Ses différentes composantes sont totalement imbriquées et ne peuvent être considérées de manière indépendante ou isolée.  Tout retard dans la mise en œuvre de l’une ou l’autre de ces composantes aura un impact direct sur l’ensemble du plan.

L’une des stratégies clé de notre projet de réforme a trait à la réduction et la rationalisation des coûts.  Deux actions principales de cette stratégie concernent l’ajustement du prix du sucre sur le marché local, afin qu’il ne soit plus une subvention nationale au détriment des seuls producteurs, et la réduction du cess, cette ponction sur le revenu net des producteurs, qui faut-il encore le rappeler subira deux baisses drastiques très prochainement – 17% de chute du prix du sucre dans trois mois, et 36% en octobre 2009. 

Le prix du sucre sur le marché local est fixé depuis 1995 pour le sucre industriel et depuis 1992 pour le sucre au détail.  Le sucre consommé localement est importé depuis plusieurs années et son coût a été plus élevé que son prix de vente.  Le Syndicat des Sucres relève des ‘subventions’ involontaires de la part des producteurs locaux à hauteur de Rs 1,1 milliard de 2006 à 2008, et de Rs 315 millions durant l’année à venir si rien n’est fait.  Cette dernière estimation équivaut à une perte de près de Rs 650 par tonne de sucre produit. 

Il y a ensuite la réduction du cess, une action longtemps suspendue aux conclusions de l’étude du cabinet KPMG.  Le cess, ce prélèvement direct sur les revenus de l’industrie représentait une ponction de Rs 580 millions en 2007/08 et devrait atteindre un peu moins de Rs 640 millions cette année.  Cette somme équivaut à Rs 1 300 de perte de revenu par tonne de sucre produit. 

Monsieur le Ministre, de Rs 18 200 la tonne de sucre produit l’année dernière, aujourd’hui, le prix estimé devrait atteindre les Rs 15 500.  En 2009, ce prix pourrait atteindre, toutes choses égales par ailleurs, Rs 12 500.  En revanche, si ces deux actions précises sont engagées, les perspectives pour le producteur se transformeront de manière radicale.  Ce même producteur, rappelons le, compose déjà avec des coûts d’exploitation grandissants, principalement des intrants agricoles et du diesel.  A titre d’exemple, le coût des fertilisants a doublé en un an, alors que celui du diesel a connu une augmentation de 50% dans le même temps. Le coût additionnel occasionné par la hausse de ces deux items seulement se traduit en une baisse de revenu net d’environ Rs 1 600 par tonne de sucre produit.

Monsieur le Ministre, il nous faut gagner la bataille pour une nouvelle compétitivité.  La recherche de compétitivité pour Maurice n’est pas un choix de gestion; elle est devenue une obligation nationale.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais donc vous rappeler les enjeux du moment.

Le Protocole Sucre est maintenu jusqu'au 30 septembre 2009, avec un accès grandissant et accéléré pour les PMA (Pays Moins Avancés) et un accès additionnel aux pays non-PMA des ACP, les dates butoir étant ;

·       Le 1er octobre 2009 : fin des garanties d’accès pour le sucre de Maurice et nouvelle baisse probable du prix de l’Union Européenne, au-delà des 36% initialement convenu, mais toujours garanti techniquement. 

·       Le 1er octobre 2012 : fin du prix garanti pour notre sucre vers l’Europe. 

·       Le 1er octobre 2015 : marché libre en Europe et plus aucune protection pour le sucre mauricien.

Notre réponse à cela – une industrie moderne et compétitive, produisant des sucres raffinés et des sucres spéciaux pour un marché européen désormais déficitaire en sucres.

Cette compétitivité de notre sucre n’est pas le seul but à atteindre.  Elle est de plus appelée à se décliner davantage sur nos autres marchés, c’est à dire, ceux des énergies renouvelables. 

Dans le Multi Annual Adaptation Strategy, le MAAS, divers scénarios de prix du baril de pétrole furent étudiés et l’opportunité de bouger vite afin de commencer à récolter les avantages de cette réforme proposée fut amplement testée, défendue et promue.  Le scénario le plus pessimiste qui fut étudié, était un prix du baril à USD 100 et lors de la rédaction en avril 2006, il était de USD 60.  Hier, le prix du baril de pétrole était de USD 134…

L’apport de l’industrie de la canne à l’augmentation des énergies renouvelables n’est pas contesté.  En 2006, la bagasse a compté pour 16% de notre production nationale d’électricité.  Amener dorénavant toute la bagasse disponible vers des centrales thermiques plus performantes, type Belle Vue et Savannah, conduirait à une production d’électricité supérieure permettant ainsi à la bagasse de doubler jusqu’à 2015 sa contribution à la production nationale d’électricité.  L’année dernière, avec la mise en route de la nouvelle centrale de Savannah, la contribution de la bagasse représentait déjà 19% de notre production d’électricité.  Il est également utile de rappeler le principe du flexi-factory et de ses procédés de production intégrés.  Cette intégration sera bientôt une réalité avec la poursuite des investissements dans de nouvelles raffineries et des unités modernes de production d’éthanol.

Pour clore ce chapitre Monsieur le Ministre, nous comptons donc sur votre soutien ainsi que sur celui du gouvernement afin que les actions nécessaires soient mises en œuvre le plus rapidement possible pour compléter la réforme. 

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Au cours de l’année qui s’achève, la Chambre d’Agriculture, de concert avec d’autres institutions du secteur privé, a été invitée à participer aux travaux de nombreux comités établis par le gouvernement pour traiter de questions internationales de première importance pour notre pays.  Je vais citer ce matin quelques principaux dossiers parmi tant d’autres.

D’abord, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et la suspension des négociations depuis juillet 2006.  Les différents papiers de Crawford Falconer, Président de la Commission sur les questions agricoles, sont attentivement suivis par Maurice qui, comme vous le savez, défend les préférences de longue date, soutient le traitement spécial différencié et s’oppose à des baisses tarifaires trop profondes et trop rapides.  De nouvelles menaces se précisent également avec la classification potentielle du sucre comme produit tropical.  Nous devons, avec nos partenaires européens, nous battre pour éviter cela.  

Ensuite, l’Accord de Partenariat Economique (APE) qui continue de faire l’objet de négociations dans le cadre de la configuration ESA (Eastern and Southern Africa), avec l’Union Européenne.  Comme vous le savez, Maurice a signé un Accord Intérimaire en novembre dernier afin d’éviter à partir de janvier 2008 toute rupture de commerce avec l’Union Européenne.  Les dispositions de cet accord tardent à se mettre en place mais nous espérons que ce sera chose faite dans les semaines qui suivent.

L’Accord Intérimaire nous donne également accès à une quantité supplémentaire de sucre, soit 75 000 tonnes pour l’année 2008/2009 à l’ensemble des pays du bloc ESA ayant signé le même accord.  Les modalités de répartition de ces 75 000 tonnes supplémentaires restent à être déterminées au niveau régional.  De plus, le critère de la double clause de sauvegarde, ç’est à dire, 3,5 millions de tonnes pour tous les pays ACP et de 1,38 à 1,6 millions de tonnes pour les non PMA, s’appliquera dès octobre 2009 et ce jusqu’à septembre 2015.  La superposition du critère de plafonds non PMA et total ACP atteints en même temps et celui régional mentionné plus tôt est une donnée que Maurice devra travailler en parallèle avec ses quantités du Protocole Sucre.

Tout au long du processus de discussions, Maurice défendra trois points essentiels:-

·       relever tout plafond à négocier, que ce soit pour tous les pays ACP, les non PMA, un groupe régional, voire un sous-groupe dont elle fait partie,

·       accorder des quantités minimales d’accès à partir des acquis du Protocole Sucre et ne pas appliquer des clauses de sauvegarde sur ces mêmes quantités minimales, et enfin,

·       avoir un système performant d’octroi des licences d’importation tenant compte des calendriers de production, afin de préserver le marché de l’Union Européenne de tout mouvement de spéculation

Cependant, il est aussi connu que de grosses pressions viendront de la part des pays à forte capacité d’exportation, qui vont eux défendre des systèmes d’allocation plus portés vers les performances réelles post-2009.

Je dois saluer ici le travail important accompli par le gouvernement et vous-même, Monsieur le Ministre, qui avait veillé et qui continue de le faire à ce que les intérêts économiques et commerciaux de Maurice soient tenus en ligne de compte dans la formulation des politiques à différents niveaux de l’échiquier international. 

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs

La crise alimentaire qui sévit au niveau planétaire, avec pour origine l’envolée des prix des denrées de base due à l’instabilité de la production mondiale, fait voir à quel point les petits états insulaires comme le nôtre, importateurs nets de produits alimentaires, sont vulnérables face à pareille situation.

Comme vous le savez, Maurice consomme l’équivalent de 650,000 tonnes de produits alimentaires.  Depuis ces dernières années, notre dépendance des importations n’a cessé d’augmenter passant aujourd’hui à 77 pour cent de nos besoins.  A un moment où le marché mondial est totalement désorienté et que tous les indicateurs font voir qu’il est maintenant quasi certain que les prix des denrées alimentaires vont demeurer élevés au cours des années à venir, il était impératif que tous ceux concernés s’attellent à trouver des solutions valables.

Les établissements sucriers ont ainsi décidé d’augmenter leur contribution à la production nationale vivrière, notamment en produisant davantage de pomme de terre.  Nous pensons que d’ici trois ans, la contribution des propriétés sucrières passerait de 6 000 tonnes à environ 10 000 tonnes, sans compter les nombreuses autres cultures entreprises, à l’instar de Médine qui se spécialise dans la production de légumes frais.  Au niveau de la Chambre, nous encourageons ces initiatives et nous recensons actuellement l’intérêt de ses membres qui souhaiteraient se regrouper afin de se lancer dans la production et la transformation de certains autres produits que nous avons ciblés.

Monsieur le Ministre, nous nous réjouissons également que lors de la présentation du Budget 2008/2009, le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances et du Développement Economique a annoncé une série de mesures pour donner une nouvelle dimension à la production alimentaire.  De mémoire, c’est bien la première fois que le secteur hors sucre occupe une place aussi importante dans le budget et que le soutien requis lui est accordé, tant au niveau financier qu’à celui de l’encadrement, pour atteindre les objectifs fixés.  Le fonds d’un milliard de roupies mis à la disposition de la diversification agricole fait voir l’ampleur des défis qui nous attendent non seulement au niveau national mais aussi au niveau régional, notamment de Madagascar.

Au niveau local, outre les terres à cannes que les établissements sucriers louent chaque année aux petits planteurs pour la culture de la pomme de terre et autres légumes, les 1 000 arpents que les membres de la MSPA cèdera au gouvernement au titre de la diversification agricole devront permettre aux groupements de petits producteurs de contribuer pleinement à la production nationale de légumes et des cultures vivrières en général.  Les propositions du Budget visant à encourager le regroupement des petites exploitations agricoles et rechercher en même temps une gestion plus commerciale de l’activité, sont des stratégies qui auront toutes les chances de réussir si la rationalité économique et l’esprit d’entreprise sont parfaitement respectés.

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Voilà, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, l’essentiel du message que nous voulions vous transmettre aujourd’hui.

Avant de terminer, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour vous remercier personnellement, Monsieur le Ministre, ainsi que le Senior Chief Executive de votre ministère, Madame Boodhoo, pour tout le soutien accordé à la Chambre d’Agriculture durant l’année écoulée. 

Nos remerciements vont également à l’ensemble de vos collaborateurs, la Mauritius Sugar Authority, ainsi qu’à vos collègues des Ministères des Finances et du Développement Economique ainsi que des Affaires Etrangères, du Commerce international et de la Coopération. 

Merci également à mes collègues du Bureau pour leur aide constante tout au cours de mon mandat et aussi à nos différents membres qui ont donné de leur temps et contribué aux divers comités de la Chambre ou qui l’ont représentée auprès de diverses autres instances au cours de cette année.

Mes remerciements vont aussi aux organisations et autres institutions qui ont aidé et soutenu la Chambre durant mon mandat et aux médias qui nous ont accordé leur généreuse collaboration.

Je voudrais également exprimer ma gratitude au personnel des Bureaux de Londres et de Bruxelles pour leur coopération durant l’année.

Enfin, à tout le personnel de la Chambre et à notre Secrétaire Général, j’adresse mes remerciements pour leur dévouement et pour leurs efforts soutenus tout au long de cette année. 

 

Je vous remercie de votre attention.

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